Troupes B-Ladies et X-Pose
Helena, 17 ans
5e secondaire
Réservée au premier regard, Helena révèle rapidement une personnalité à la fois lucide, déterminée et d’une grande finesse. Entre introspection, sensibilité et passion pour la danse, elle avance à son rythme, guidée par le désir de se dépasser… au-delà de la performance.

Stéphane : Salut Helena, je suis très heureux d’être avec toi aujourd’hui. Avant de parler de quoi que ce soit, j’aimerais ça que tu me parles de tes origines. T’es pas québécoise “pure laine”.
Helena : Bonjour Stéphane! Non, moi je suis née au Brésil, puis je suis venue ici quand j’avais six mois.
On est arrivés à Montréal au début, puis après ça j’ai déménagé à Saint-Jean-sur-Richelieu..
Stéphane : Pour tes parents, j’imagine que ça a été un grand choc de partir du Brésil pour venir ici ?
Helena : Ouais, quand même.
Ben tu sais, c’est sûr que ma mère, au début, elle était un peu plus réticente que mon père,
mais on est venu rejoindre des amis… alors c’était un peu plus dans un sens de communauté.
Stéphane : Donc toi, t’as pas vraiment connu le Brésil. Tu dois pas avoir beaucoup de souvenirs.
Helena : Ah non, pas vraiment. Mais tu sais, quand on était à Montréal, puis que je me suis fait des amis, j’ai quand même grandi dans cette culture-là… c’est sûr que je me sentais un peu comme chez nous.
Stéphane : C’est quoi la différence de culture entre les gens du Québec et les gens du Brésil ?
Helena : Je dirais qu’au Brésil… il y a un peu plus un sens de la famille. La famille, c’est super important. C’est aussi un peu plus religieux, même si ma famille n’est pas pratiquante. À Noël et à Pâques, par exemple, ça prend vraiment une plus grande place.
Puis aussi, la notion de vacances : au Brésil, c’est très différent.
Au Québec, on fait des grands voyages, on prend l’avion, on va ailleurs.
Au Brésil, c’est plus… tu restes dans ta ville, puis tu passes du temps avec ta famille et tes amis.
Stéphane : Et ta famille, est-ce que vous retournez au Brésil parfois ?
Helena : Oui, oui. La majorité de notre famille est là-bas. Mais ma famille est un peu dispersée aux quatre coins du monde. On essaie d’y retourner une fois aux deux ans, même si avec la COVID, ça a été compliqué.

Helena : Oui, j’ai une tante qui est actrice et qui habite à Berlin. Avant ça, elle habitait à Madrid. Alors nous sommes allés la visiter à ces deux endroits.
La prochaine sur ma « bucket list », c’est une autre tante qui habite au Bénin, en Afrique.

Helena : J’espère !
Stéphane : Comment tu te décrirais ?
Helena : Je pense que je suis une personne très déterminée, même si je suis anxieuse. Mon trouble d’anxiété fait que, parfois, j’ai de la difficulté à sortir de ma zone de confort. Mais quand j’ai un projet, j’essaie de me forcer à y aller.
Sinon… je suis quelqu’un d’assez souriante. J’aime ça parler avec les gens, mais c’est pas moi qui vais aller leur parler en premier.
Stéphane : Donc tu es un peu plus introvertie, timide, réservée ?
Helena : Oui, en général… plus introvertie. Mais ça dépend du contexte.
Quand je travaille en camp de jour, je suis plus extravertie.
Stéphane : Ah oui! Peux-tu nous en parler?
Helena : J’aime ça parce que je rencontre des gens de milieux différents. Chaque enfant, chaque parent est différent. Et les enfants vers qui je vais le plus souvent, ce sont ceux qui sont plus réservés… des jeunes dans lesquels je me reconnais.
Stéphane : Helena, il n’y a pas si longtemps, tu as reçu un diagnostic de douance. Peux-tu m’en dire un peu plus?
Helena : C’est très récent, j’ai obtenu le diagnostic de «douance» officiellement seulement l’an dernier. Mais ça n’a pas été une grande surprise, on s’en doutait parce que, quand j’étais petite, mes professeurs ont demandé si je voulais aller dans une classe plus avancée. C’est certain que tout ça a joué un rôle dans mon parcours en danse. Je pense que lorsque ton mental se développe plus vite que les autres enfants de ton âge, ça influence aussi beaucoup toutes les sphères d’activité dans lesquelles on évolue.
Stéphane : Comment crois-tu que les gens te perçoivent en général?
Helena : Je pense qu’au début, les gens peuvent me trouver difficile à aborder. Mais quand ils apprennent à me connaître… je suis quelqu’un de facile d’approche.
Quand je suis seule, avec mes écouteurs… je suis dans ma bulle. Donc ça peut donner l’impression que je suis plus fermée.
Stéphane : Parle-nous de ton parcours en danse.
Helena : J’ai commencé chez Brigitte à 3 ans. Après, avec la COVID et Marcelin, j’ai pris une pause… Puis j’ai recommencé en 2023 et je ne regrette pas.


Helena : À Marcelin, selon ma perception, c’est plus artistique, beaucoup moins compétitif, puis vraiment plus axé sur le collectif.
Chez Brigitte, c’est une plus petite gang. C’est aussi artistique, mais on met beaucoup plus l’accent sur l’interprétation, puis sur les performances sur scène et en compétition.
Stéphane : J’imagine que ça te permet de toucher à plusieurs styles de danse. Dans lequel es-tu le plus à l’aise?
Helena : Je dirais que je préfère le jazz. Il y a tellement de variété qui en découle. On a vraiment beaucoup de choix, le jazz moderne, le contemporain, le Broadway, le funk. Les mouvements sont énergiques, y a beaucoup de déplacements, les isolements du corps, des rythmes différents, des comédies musicales, etc…
Stéphane : Quels seraient tes objectifs pour l’année en cours ou pour la suite ?
Helena : Je dirais que, pour cette année, j’aimerais me dépasser au maximum.
Pour les prochaines années, je souhaite aller au cégep en danse et littérature à Sherbrooke, puis découvrir ce que l’art de la danse a à m’offrir dans un nouvel environnement.
Stéphane : Qu’est-ce qui te rend heureuse en danse ?
Helena : Je pense que c’est de danser avec les gens que j’aime, mais aussi de voir mon évolution… et de voir les autres autour de moi évoluer. Et d’être capable de transmettre mes émotions à travers mes mouvements… par l’expression corporelle et faciale.
Stéphane : Y a-t-il quelque chose qui te fait peur quand tu commences une nouvelle chorégraphie ou quand tu entres dans un nouveau groupe ?
Helena : Chez les grandes… oui. C’est surtout de ne pas être capable d’atteindre le même niveau que les autres.
Des fois, j’ai tendance à être un peu dure envers moi-même… ouais, je pense que c’est pas mal ça.
Stéphane : Tu as un petit manque de confiance en toi ?
Helena : Je dirais pas que c’est un manque de confiance en moi, mais c’est le fait de voir les autres autour de moi, puis de me dire : « Ah ouais, je pourrais peut-être pas arriver à leur niveau… »
Mais tu sais, c’est ça qui me motive aussi, parce que quand j’y pense, c’est ce qui me pousse à me dépasser, puis à continuer à m’entraîner.
Stéphane : Pourtant quand on te regarde danser, c’est évident que tu y arrives. Est-ce que tu es fière de toi ?
Helena : Merci, Stéphane.Ça dépend… mais oui, je suis quand même fière de ce que j’arrive à faire. Tu sais, les cours, c’est plus… je suis plus dans ma tête, c’est plus pour apprendre.
Stéphane : Ton état d’esprit quand tu es sur scène, c’est comment ? Est-ce que tu te sens bien ?
Helena : Sur scène, j’essaie vraiment de tout donner.
Mais ça dépend vraiment… des fois, j’ai l’impression qu’en compétition, il y a ce petit sentiment-là que… pendant que tu danses, tu te dis qu’il faut battre la personne qui vient de passer ou qui va passer après moi… qu’il faut vraiment que je sois meilleure.
Mais en spectacle, c’est plus… libérateur. Tu peux danser pour danser, puis il n’y a personne qui va te juger.
Stéphane : Es-tu plus attirée par les spectacles ou par la compétition ?
Helena : Je dirais que ce sont les spectacles, parce qu’en compétition, tu peux pas vraiment raconter une histoire. Puis en spectacle, c’est plusieurs chorégraphies qu’on présente pour faire un tout et démontrer ce qu’on a fait durant l’année.


Stéphane : Est-ce qu’il y a des artistes ou des personnalités qui t’inspirent, soit dans la danse, soit dans la vie ?
Helena : Moi, j’adore le duo Janie et Marcio. Quand on a dansé dans leur spectacle, ça m’a vraiment touchée.
Puis après les spectacles, Marcio venait toujours me parler, parce que lui aussi est brésilien. On a commencé à se suivre sur Instagram, puis à chaque fois que je publie une photo de danse, il m’écrit pour savoir comment ça s’est passé.
C’est vraiment cool.


Helena : À peu près… (rires)
Stéphane : À l’école, est-ce qu’il y a des gens qui t’inspirent aussi?
Helena : Oui, je pense que Gabrielle, c’est vraiment une personne inspirante. Ça fait très longtemps qu’elle danse, elle enseigne aussi.
Sa passion, on la voit. Sa détermination à toujours vouloir apprendre plus. Ça fait pas tant longtemps qu’elle est revenue vers le contemporain, mais à chaque cours, je la vois évoluer, puis devenir encore meilleure.
Sinon, Kristina est aussi très inspirante. C’est pas seulement une personne super gentille, drôle… mais aussi très authentique. Elle n’a pas peur d’essayer des nouvelles choses, puis je trouve ça vraiment admirable.
Stéphane : Avant de monter sur scène, est-ce que tu as des rituels ? Des superstitions ?
Helena : Pas nécessairement… il faut juste que je me calme.
Gérer mon stress, mon anxiété, c’est déjà un défi. Mais j’ai pas vraiment de manies avant de rentrer sur scène.
Stéphane : Qu’est-ce qui peut provoquer ton anxiété ?
Helena : Le changement, surtout. À chaque fois qu’il y a quelque chose de nouveau dans ma routine… même un petit changement, comme un cours décalé de 15 ou 30 minutes… ça peut me déstabiliser.
Sinon, quand il faut que je fasse quelque chose de nouveau… ça peut me bloquer complètement.
Par exemple, pour mon audition à Sherbrooke, j’étais dans l’auto… puis j’étais pas capable de rentrer. J’étais comme bloquée.
La danse m’aide à gérer mon anxiété… mais des fois, elle peut aussi en provoquer.
Stéphane : L’ÉDBL, au niveau artistique et humain, qu’est-ce que ça t’a apporté ?
Helena : Ça m’a permis de créer des connexions avec plein de gens.
Si je n’étais pas à l’ÉDBL, je n’aurais pas dansé pour Janie et Marcio, je n’aurais pas fait de compétition…
J’aurais manqué beaucoup d’opportunités, puis surtout… je n’aurais pas connu toutes ces belles personnes qui sont devenues mes amis aujourd’hui.
C’est vraiment au-delà de la danse.
Stéphane : Est-ce que tu as des loisirs, en dehors de la danse ?
Helena : Oui, j’adore écrire et lire… c’est pour ça que je m’en vais en littérature. Je lis un peu de tout. Tu me donnes un livre, je le lis, je l’analyse… et voilà!
Sinon, tout ce qui est langues, histoire… ce sont vraiment des choses qui m’intéressent.
J’essaie de prendre du temps pour faire autre chose que la danse, sinon ça devient trop envahissant.
Stéphane : Je suis intrigué par l’aspect des langues. Ça se manifeste comment, concrètement?
Helena : Je lis bien sûr en français, mais aussi en anglais et en portugais.
J’ai même essayé de lire un livre en allemand… c’était spécial ! Je comprenais pas tout, mais j’essayais de traduire au fur et à mesure.
Stéphane : Ouf, oui! L’allemand, c’est très compliqué avec les déclinaisons et les mots qui s’allongent presqu’à l’infini! Sehr gut! (Rires)
Tu me disais que tu écris aussi ?
Helena : Oui, en ce moment j’écris un roman pour un projet scolaire.
C’est une fille qui apprend à vivre avec le départ de sa mère et la mort de son chien.
Stéphane : Intéressant…Et plus tard, tu te vois plus comme danseuse ou écrivaine ?
Helena : Ah… Aucun des deux. J’aimerais être enseignante, en histoire ou en anglais.
Stéphane : Qu’est-ce qui t’a motivée à choisir ça ?
Helena : Mes profs d’anglais. Je les trouve vraiment inspirants.
Stéphane : Maintenant, côté cuisine, est-ce qu’il y a un plat que tu apprécies particulièrement ?
Helena : C’est peut-être bizarre, mais… tout ce qui est soupe.
Je trouve ça réconfortant. Surtout quand je suis stressée, que j’ai moins faim! C’est simple… et ça fait du bien.
Stéphane : Une spécialité brésilienne que tu aimes ?
Helena : Oui, la feijoada. C’est un plat à base de haricots noirs, du porc, du riz, de la salade de chou, puis des oranges. On mange ça en famille, dans les fêtes… c’est vraiment un plat traditionnel rassembleur.

Helena : Oui, j’aime beaucoup les pâtes. Je peux les faire maison, des dumplings aussi. C’est tellement bon!
Stéphane : Qu’est-ce que tu ne mangerais jamais ?
Helena : Le balut… c’est un œuf avec un fœtus dedans… non, vraiment, pas pour moi.
Et tout ce qui est cervelle, non plus.
Stéphane : Je te confirme (en grimaçant un peu) que ce n’est pas pour moi non plus! C’est quoi ton plus grand rêve ?
Helena : Être entourée de gens avec qui je me sens bien… puis continuer la danse, peu importe.
Stéphane : Une anecdote à nous partager ?
Helena : Oui… au spectacle, avec Maëlie, on était dehors et on a appelé plusieurs fois Kristina… mais, oups… la gaffe, c’était un monsieur ! On a vraiment ri.
Stéphane : Génial. Merci beaucoup, Helena, pour cette belle rencontre.
Helena : Merci à toi.
Chaque rencontre révèle une manière unique d’habiter son art!
