Gabrielle G

Troupes B-Ladies et X-Pose

Professeure

Gabrielle, 27 ans
Designer cuisiniste


«Tant que j’apprends, je suis à ma place et je désire que mes élèves évoluent. »
À 2
7 ans, Gabrielle est une présence tranquille…
mais une artiste encore en pleine évolution.

Réservée au premier regard, Gabrielle ne cherche pas à prendre toute la place. Elle observe, elle s’adapte, elle écoute.

Mais derrière cette discrétion se cache une jeune femme profondément investie, qui avance avec constance, portée par le désir d’évoluer — pour elle, mais surtout pour les autres.

Danseuse depuis l’enfance, aujourd’hui professeure et coach, elle navigue entre création, transmission et performance avec une lucidité désarmante.

Une rencontre douce, vraie… où l’on découvre une artiste qui n’impose rien, mais qui laisse une empreinte durable.

© Stéphane Verdier Photographe – 2025

Stéphane : Salut Gab!

Gabrielle : Allô Stéph… comment vas-tu?

Stéphane : Ça va très bien, merci! Gabrielle,  j’avais très hâte de faire cette rencontre avec toi! Si tu avais à te décrire, qu’est-ce que tu dirais de toi?

Gabrielle : Je me vois comme quelqu’un d’assez réservé au premier regard. C’est certain que je ne suis pas celle qui va aller vers les gens en premier… mais plus on me connaît, plus je m’ouvre et plus on m’apprécie… j’espère. (Rires)

Stéphane : Laisse-moi te rassurer, tu es vraiment appréciée!Quelles seraient tes plus grandes qualités?

Gabrielle : (Un temps de réflexion) Je dirais que je suis un peu caméléon. Je m’adapte beaucoup selon les situations. Sinon, je pense que je suis quelqu’un de gentil. Je n’ai pas de colère en moi.

Stéphane : Moi, je dirais que tu es aussi une personne accueillante, toujours souriante.

Gabrielle : Oui… merci. Positive aussi. J’essaie toujours de voir le bon côté des choses.
Donc oui, accueillante, positive… ça me parle.

Stéphane : Et des défauts?

Gabrielle : C’est sûr qu’on en a tous… Je dirais que je suis beaucoup dans ma tête, l’écoute peut être plus difficile. Par exemple, si on me donne des petits détails — une heure, une date — si je ne les écris pas, je vais les oublier. Peut-être un petit côté TDA. Et aussi… je ne m’exprime pas toujours beaucoup!

Stéphane : Tout à l’heure, tu me disais que tu es plutôt réservée, un peu introvertie aussi.
Comment tu fais pour gérer ça?

Gabrielle : Je dirais que les emplois que j’ai eus avec le public m’aident beaucoup. Dans mon travail quotidien, c’est souvent des clients que je ne reverrai pas. Donc il faut se pousser un peu plus. Ça vient avec le temps. 

D’un autre côté,  en tant que prof, on a les mêmes élèves un an, deux ans, trois ans… et même plus, donc c’est plus facile de créer un lien, il y a une complicité naturelle qui s’installe.

Je dirais que je suis extravertie dans mon travail… pour un temps limité. Je suis vite vidée d’énergie… Ma batterie sociale n’est pas très haute.

Stéphane : Entrons un peu dans ce qui nous réunit aujourd’hui. Tu es membre des B-Ladies et de X-Pose. Tu es aussi professeure depuis plusieurs années… et maintenant coach pour certains élèves en solo ou en duo. Comment tu réussis à gérer tout ça dans une semaine? Danser, enseigner, coacher, travailler?

Gabrielle : En fait, danser, je fais ça depuis longtemps! C’est ce qui me demande le moins de préparation. J’ai une facilité à retenir les mouvements, les chorégraphies. Je peux les pratiquer quelques fois et ça reste. Je pense que j’ai une bonne mémoire visuelle… surtout liée au mouvement. Donc ça, c’est la partie la plus naturelle pour moi.

Ensuite, le côté professeure… Ça peut me prendre une ou deux soirées pour créer une chorégraphie. Ensuite, je fonctionne beaucoup par petites sections. Je fais un bout, je l’enseigne… puis je continue comme ça. D’autres fois, ça bloque un peu… Mais l’idée générale est toujours là.

© Stéphane Verdier Photographe – 2025, Chorégraphie de Gabrielle

Stéphane : Continuons sur cette lancée. C’est quoi ton processus de création?

Tu me dis que tu as plusieurs groupes… ça commence à faire beaucoup de chorégraphies dans une année.

Gabrielle : Oui, vraiment. Ce sont des niveaux différents, des groupes différents… des élèves différents aussi. 

Le but, c’est de trouver un style qui leur plaît — ou au contraire, de les sortir de leur zone de confort. J’enseigne le hip-hop et je trouve que c’est intéressant d’amener certains groupes vers des styles qu’ils n’ont jamais explorés.

Stéphane : Ton point de départ, c’est quoi?

Gabrielle : La musique. Il faut qu’elle plaise au groupe… mais aussi à moi, parce que je vais l’entendre toute l’année. Si la musique m’inspire, ça part de là. Puis, si j’ai envie de danser cette chorégraphie-là… ça devient beaucoup plus motivant.

Stéphane : À qui enseignes-tu cette année?

Gabrielle : J’ai aussi des groupes de troupes qui s’entraînent deux à trois fois par semaine. Ça va environ de 8 ans jusqu’à 16 ans.

Je suis aussi très fière d’avoir groupe d’adultes depuis trois ans et je les aime beaucoup. Ça me ramène aux bases. Les adultes sont là pour apprendre. C’est vraiment agréable.

Stéphane : C’est plus facile avec les jeunes ou avec les adultes?

Gabrielle : C’est tellement différent, on peut pas comparer.

Les adultes vont regarder, reproduire… puis pratiquer.  Tandis que les plus jeunes vont poser des questions : Pourquoi on fait ça? Pourquoi de ce côté-là? Est-ce qu’on peut faire autre chose? Mais en même temps, c’est intéressant, parce que certains vont proposer des idées.
Et parfois, ce sont de très bonnes idées. Par contre, c’est à moi de décider si on les garde ou non.

Stéphane : J’aimerais que tu me parles de ton parcours en danse. Tu as commencé à quel âge?

Gabrielle : J’ai commencé à danser à l’École de danse Brigitte Laforest à trois ans et demi. Je vais avoir 27 ans vendredi.

Gabrielle à ses débuts à l’ÉDBL

Stéphane : Bonne fête en avance!

Gabrielle : Merci Steph! Donc oui, ça fait longtemps que je danse.

Je suis entrée en janvier, parce que je suis née en avril et je n’étais pas assez vieille pour commencer en septembre. Mais elle m’acceptée quand même. Apparemment, j’aurais pu faire la première danse aussi… parce que juste en la voyant, je l’avais apprise. Mais, malgré tout, comme j’ai commencé avec les nouvelles qui entraient en janvier, je n’ai fait que la deuxième chorégraphie au spectacle.

Stéphane : Et la troupe, ça a commencé quand pour toi?

Gabrielle : Vers huit ans, dans la troupe de styles variésoù j’ai dansé pendant quelques années.
Mais à un certain moment, j’étais moins flexible que les autres. On m’a donc suggéré d’aller vers la troupe hip-hop, qui venait tout juste de se créer.

Stéphane : La fameuse troupe HHBL à l’époque…

Gabrielle : Oui! C’était seulement du hip-hop, deux fois par semaine. Pas de jazz, pas de contemporain. Et ça me convenait très bien, donc j’y suis restée pendant plusieurs années. Puis, autour de 2020, la troupe a fini par disparaître, faute d’élèves.

Donc, depuis ce temps-là, je suis revenue aux styles variés.

© Photo Stéphane Verdier 2016 – En avant, Allyson, Gabrielle et Pascale.

Stéphane : Mais avec un petit défi…

Gabrielle : Oui, parce que je n’avais pas fait beaucoup de contemporain ni de jazz pendant ces années-là. Donc j’avais un retard sur certains éléments techniques plus poussés : les sauts, les tours… J’ai dû rattraper ça assez rapidement.

Stéphane : Ça a dû être un peu stressant.

Gabrielle : Oui, mais on m’a beaucoup rassurée. On me disait que j’étais dans le bon groupe, que je ne détonnais pas. Donc j’ai continué… et je suis encore dans cette troupe aujourd’hui.

Stéphane : Génial. Un peu plus tard, Gab,  après ton entrée dans la troupe, tu as commencé à enseigner. Si ma mémoire est bonne, tu étais quand même assez jeune. Dans quel contexte c’est arrivé?

Gabrielle : Oui, j’ai commencé en collaboration avec Véronique et Roxane.

Au début, c’était un peu moitié-moitié : elles faisaient la première partie du cours, puis moi je m’occupais de la chorégraphie. J’avais environ 15–16 ans. Je n’avais même pas encore mon permis de conduire.

Stéphane : À cet âge-là, comment tu vivais cette responsabilité de t’occuper de monter les chorégraphies ?

Gabrielle : J’aimais beaucoup ça, il n’y avait aucun problème.

Ce qui était plus difficile, c’était la gestion de classe: la discipline, intervenir avec les élèves… j’avais peur de chicaner quelqu’un. Je n’avais pas cette expérience-là. Je n’avais même jamais vraiment eu de travail avant. C’était ma première vraie expérience.

Stéphane : Le fait que tu danses encore dans la troupe, et que tu enseignes parfois à des filles avec qui tu danses… est-ce que ça te met une pression supplémentaire?

Gabrielle : Non, je ne ressens aucune pression. Y a pas de favoritisme non plus. Les profs donnent de la place à tout le monde.

© Photo Stéphane Verdier 2026 – En avant plan, Laurence,Gabrielle et Magalie.

Stéphane : En plus de tout ça, cette année, tu as présenté un duo. D’abord ici au concours de création, puis aussi à la compétition Reunion. Pourquoi ce duo avec Val? Et pourquoi avoir fait appel à Émilie Arsenault pour vous coacher?

Gabrielle : Val et moi, on trouvait que ça aurait été difficile d’en faire encore plus pour le duo avec nos cours. Le choix était facile à faire! Émilie avait été notre prof l’année précédente pour une chorégraphie hip-hop en compétition. On connaissait déjà son approche. Émilie est super gentille et on aimait son style. Et elle a vraiment su nous faire découvrir autre chose.

Stéphane : Et la musique, le thème… ça venait de vous ou d’elle?

Gabrielle : On n’avait pas de choix musical au départ. Mais on lui a dit qu’on aimait danser ensemble. Le thème est venu naturellement, comme une relation de sœurs ou de partenaires.

Stéphane : C’est pour ça que la pièce s’appelle Sisterhood. Comment ça s’est passé à Trois-Rivières?

Gabrielle : Oui… Et ça s’est très bien passé. On est arrivées deuxièmes sur deux… mais deuxièmes quand même! On était fières de notre performance.

Même des gens qu’on ne connaissait pas nous ont dit que c’était bon, qu’on avait l’air d’avoir du plaisir sur scène.

Photo de la compétition REUNION à Trois-Rivières – Valérie et Gabrielle

Stéphane : Même si on se doute un peu de la réponse… parmi tous les styles que tu pratiques, c’est quoi ton style préféré?

Gabrielle : Le hip-hop, sans hésiter. C’est le style dans lequel je me sens le plus confortable… c’est vraiment une question de feeling et aussi celui qui me rend le plus curieuse d’en apprendre davantage. J’aime beaucoup les autres styles aussi. J’essaie de me pousser, d’aller voir ailleurs…

Stéphane : Côté objectifs, qu’est-ce que tu aimerais accomplir? Pas nécessairement cette année, mais disons à court ou moyen terme.

Gabrielle : Pour l’année prochaine… J’aimerais m’améliorer dans tous les styles. Continuer d’apprendre. Et rester dans la troupe le plus longtemps possible.

Stéphane : Et ça fait longtemps que ça dure… Tu sembles encore très heureuse dans cet univers.

Où est-ce que tu trouves ta motivation?

Gabrielle : Le but, c’est vraiment d’évoluer encore. Les compétitions, apprendre, grandir… c’est vraiment ce que j’aime. Ma plus grande crainte, c’est la peur de ralentir le groupe… ou de me ralentir moi-même.

Stéphane : Tout à l’heure, je te demandais comment c’était d’enseigner à des filles avec qui tu danses…
Mais là, dis-moi : comment c’est d’enseigner à ta mère?

Gabrielle : C’est le fun. Ma mère est une élève comme les autres. Il n’y a aucun traitement de faveur. Je l’appelle même par son prénom, pas “maman”, pendant le cours.

Stéphane : Est-ce que les autres le savent?

Gabrielle : Pas tout le monde. Certains l’ont compris avec le covoiturage, mais ce n’est pas quelque chose que j’annonce. Si on me pose la question, je réponds… mais sinon, ça reste comme ça. Mais c’est vraiment le fun de partager ça avec elle, surtout qu’elle danse depuis plusieurs années aussi.

Photo EDBL 2026 – Gabrielle et sa maman, Nathalie.

Stéphane : On va parler de scène maintenant. Et est-ce que tu préfères la compétition ou les spectacles?

Gabrielle : Je préfère les spectacles. C’est plus grandiose et c’est vraiment l’aboutissement d’une année de travail. Autant comme prof, de voir toutes les chorégraphies, que comme danseuse, de les interpréter. C’est des grosses journées… mais vraiment le fun.

Stéphane : Mais la compétition a aussi son côté stimulant…

Gabrielle : Oui, mais ce n’est pas la même chose. C’est plus stressant, plus axé sur la performance. Il y a une adrénaline différente. Tu montes sur scène… et tu ne penses plus à rien.

C’est ton corps qui prend le relais. Mais il y a aussi les résultats. Donc ça peut être motivant… ou parfois décevant.
Alors que dans le spectacle de fin d’année, on connaît nos chorégraphies, on est plus en confiance.

Stéphane : Est-ce qu’il y a des artistes ou des personnes qui t’inspirent particulièrement?

Gabrielle : Oh, oui. Quand Roxane est arrivée, ça a été quelqu’un de très important pour moi.
Elle avait une approche différente et ça m’a donné beaucoup de confiance. Surtout qu’à ce moment-là que je commençais le hip-hop.

Stéphane : Depuis toutes ces années à l’école, qu’est-ce que ça t’a apporté, autant artistiquement qu’humainement?

Gabrielle : Sur le plan artistique, on a eu la chance d’avoir plusieurs profs avec des styles très différents. Par exemple, certains nous ont amenés vers le popping, d’autres vers un hip-hop plus “ressenti”, moins axé sur les beats… d’autres encore vers un style plus commercial.

On a aussi découvert des styles comme le waacking où l’aspect théâtral est plus présent. Tout ça nous donne des outils, une palette plus large.

Ça influence beaucoup sur ce que j’ai envie d’apprendre… et aussi ce que j’ai envie de transmettre.

Stéphane : Et sur le plan humain?

Gabrielle : Être en groupe.

Être avec les mêmes personnes toute l’année… ça crée des liens, des amitiés.

Et ça m’a aidée à être plus ouverte, à parler davantage. 

Stéphane : Parce qu’il n’y a pas que la danse dans ta vie. Qu’est-ce que tu fais au quotidien?

Gabrielle : Je suis designer cuisiniste.

Stéphane : Donc encore dans la création.

Gabrielle : Oui, vraiment. Et aussi dans l’adaptation, comme on en parlait tantôt.
On travaille avec des clients, donc il faut s’ajuster constamment.

C’est mon quotidien… avant d’arriver à la danse le soir.

Stéphane : Et en dehors de la danse, comme loisirs?

Gabrielle : Pas énormément en ce moment. Je m’entraîne une fois par semaine dans un groupe.

Encore là, j’ai besoin d’être en groupe pour me motiver. Seule, je n’irais pas.

Stéphane : Côté cuisine — puisqu’on est là-dedans — si quelqu’un veut te faire plaisir, qu’est-ce qu’on te prépare?

Gabrielle : Des sushis. J’aime vraiment beaucoup ça.

Stéphane : Tu en fais?

Gabrielle : Non… mais j’aime en manger!

Stéphane : Est-ce que tu cuisines… ou c’est ton copain?

Gabrielle : C’est moitié-moitié. Lui va faire des recettes plus rapides, alors que moi, je vais davantage dans quelque chose de plus élaboré. J’aime essayer des recettes, les refaire, me pratiquer. Depuis que je suis en appartement, je me suis vraiment améliorée.

Stéphane : Et un plat que tu ne mangerais pas?

Gabrielle : Je ne suis pas très difficile… Mais tout ce qui est abats, foie… ce n’est pas quelque chose qui m’attire. Et je n’aime pas vraiment les saucisses.

Stéphane : Tu as beaucoup vu le Québec — et surtout ton Abitibi familiale — mais est-ce que tu aimerais voyager davantage?

Gabrielle : Oui. Je n’ai pas de destination précise, mais j’aimerais voyager avec mon copain.

Peut-être l’Europe… la France, l’Angleterre… ou même l’Espagne pour pratiquer mon espagnol.

Stéphane : Pour terminer sur une note plus légère : as-tu une anecdote de scène?

Gabrielle : Oui! Pendant une chorégraphie, j’avais une casquette… et elle a commencé à tomber dès le début. Je l’ai arrachée lancée en coulisses pour ne pas déranger la chorégraphie. Ça m’a fait un peu mal sur le moment… mais au moins, ça ne paraissait pas trop!

Stéphane : Le cauchemar de tous les profs!

Gabrielle, merci beaucoup. Ça a été un réel plaisir.

Gabrielle : Merci à toi, Stéphane !