Troupes B-Ladies et X-Pose
Béatrice, 18 ans
Cégep
« Sur scène, je me sens chez moi. »
À 18 ans, Béatrice danse, voyage, rit… et avance à fond.
Extravertie, généreuse et profondément attachée à son groupe, elle trouve dans la danse bien plus qu’une passion : un espace pour s’exprimer, se dépasser et rester fidèle à elle-même. Entre compétitions, voyages et projets d’avenir ambitieux, elle trace son chemin avec naturel, portée par le plaisir, l’adrénaline… et le désir d’aller toujours plus loin. Une rencontre vivante, sans filtre, à son image.

Stéphane : Salut Béatrice, comment ça va ?
Béatrice : Ça va bien.
Stéphane : Ça va super bien, merci! Béatrice, ça me fait drôle de faire ça comme ça… un peu plus formel avec toi…
Te souviens-tu quand t’étais petite — je sais pas, t’avais peut-être neuf ou dix ans — tu étais toute fière de venir me dire : « Hey, connais-tu Malie ? C’est ma sœur. » Te souviens-tu ?
Béatrice : Non. Mais ça ne me surprend pas!
Stéphane : Moi, je me souviens de ça comme si c’était hier. Béatrice, quel âge as-tu maintenant ?
Béatrice : J’ai 18 ans.
Stéphane : T’as déjà 18 ? Je croyais que c’était pour novembre prochain.
Béatrice : Non, je les ai… (léger rire).
Stéphane : Le temps file… c’est fou. Béatrice, si tu te décris en quelques mots, ça donne quoi ?
Béatrice : Je dirais que je suis une fille extravertie… optimiste… généreuse… et puis… drôle quand même. J’aime être avec les autres… ouverte d’esprit… équilibrée… je me suis fait dire ça souvent.
Stéphane : Et qui aime manger, aussi !
Béatrice : Oui, je suis gourmande, en effet.
Stéphane : (rires) Et comment tu penses que les gens te perçoivent ?
Béatrice : Le monde me voit comme… extravertie aussi. Je suis pas gênée de parler au monde, puis de dire ce que je pense. Je suis pas tant gênée de manière générale!
Je me fais souvent dire que je suis drôle… genre quand je parle, le monde rit.
Mais je peux être sérieuse aussi.
Stéphane : À l’école, ça va bien ? Comment t’as trouvé la transition du secondaire au cégep ?
Béatrice : Oui, ça va bien. C’est certain qu’au début… j’ai trouvé ça un peu difficile. Au secondaire, on était vraiment une gang soudée… on se parlait tous.
Puis au cégep, tout le monde est dans des programmes différents, on n’a pas tous les mêmes cours… je me suis sentie un peu plus seule au début. Même si j’avais des amis.
Mais cette session-ci, c’est vraiment mieux. Tu apprends à connaître les autres, à te faire des amis dans ton programme… C’est rendu plus plaisant.
Mais j’ai quand même hâte d’aller à l’université.
Stéphane : Il te reste une année, tu désires aller où ensuite ?
Béatrice : Je vise les HEC à Montréal. En administration… gestion de projet ou marketing.
Je sais pas encore, mais je pense faire un mix des deux.
Stéphane : Tu as vraiment de beaux projets intéressants. Parle-nous un peu de ton parcours en danse. Ça fait quand même longtemps que tu es à l’école.
Béatrice : Oui. J’ai commencé au Ballet du Haut-Richelieu… j’ai fait du ballet quand j’étais jeune, mais pas longtemps, je m’en souviens pas tant que ça.
Ensuite, un peu plus tard, je suis venue à l’École de danse Brigitte Laforest, Je devais avoir 5-6 ans. J’y suis depuis ce temps-là, ça fait 12 ans, déjà.
Stéphane : Et la troupe, est-ce que tu avais fait les auditions plusieurs fois ou la première année tu as été acceptée ?
Béatrice : Première année. Mais on dirait que j’ai voulu être dans la troupe plus tard que les autres… comme Kristina ou Maëlie.
Moi, j’étais pas pressée. J’avais pris une pause pour faire du cheer puis de la gym… ça m’avait décalée un peu par rapport aux autres.
Stéphane : As-tu fait beaucoup de gym ?
Béatrice : Pas tant, mais plus du cheer. Au primaire, j’en faisais et j’aimais ça.
C’était juste avant le cours danse — j’avais une pratique de cheer, puis ensuite la danse, c’était assez intense, mais quand t’es jeune, t’as full énergie.
Stéphane : Qu’est-ce qui t’attirait dans le cheerleading ?
Béatrice : C’était le fun… ça bougeait plus. Au début, la danse, j’étais inscrite au jazz, j’étais obligée… je trouvais ça long les cours.
Mais j’étais un peu hyperactive. Après, je me suis habituée, j’aime full ça.
Puis le cheer… je pouvais faire du tumbling, version enfant.
Des rondades, des renversements, du trampoline…
Je me suis appris beaucoup de choses toute seule.
J’aimerais ça faire une roue sans mains pour l’année prochaine… mais je me dis ça chaque année. (rires)
Stéphane : (riant) T’es proche ?
Béatrice : Oui, je suis sur le bord.
Stéphane : Avec une bonne coach, tu pourrais y arriver. Qu’est-ce que tu espères accomplir cette année en danse ?
Béatrice : Cette année, hum… Disons, l’année prochaine, j’aimerais ça faire un solo.
Vu que ça va sûrement être ma dernière année… après je vais être à l’université, ça va être plus intense.
Je voudrais faire un solo, comme pour… clore le cycle en beauté.
Stéphane : T’en as jamais fait ? Pourtant Brigitte vous offre la possibilité de participer à chaque année.
Béatrice : Oui, je sais. On dirait que j’avais pas le temps avant… je sais pas.
Stéphane : Tu voudrais créer ta chorégraphie ou être encadrée ?
Béatrice : J’aimerais ça créer… mais peut-être être supervisée, juste avoir quelqu’un qui me donne des idées. Souvent, quand quelqu’un regarde ce qu’on fait, ça peut engendrer une belle collaboration.
Stéphane : Oui, tout à fait. J’ai bien hâte de voir ça.
Qu’est-ce qui te rend le plus heureuse en danse ?
Béatrice : Les filles… la gang.
Oui, la danse aussi, mais… disons que j’arrive dans le cours, je suis triste ou dans un mauvais «mood»… je vois les filles, on jase, on danse, on a du plaisir…j’en ressors tout le temps heureuse.
Puis exprimer mes émotions aussi. La danse, c’est comme une thérapie. Il y en a qui vont courir, ou au gym… moi ça, ça m’interpelle pas tant. Mais danser, ça fait ressortir mes émotions.
Stéphane : Tes meilleures amies dans la gang ?
Béatrice : Je dirais pas mal tout le monde. Mais… Kristina, Maëlie et Helena sont celles à qui je parle le plus depuis des années, Blanche aussi.

Stéphane : Qu’est-ce qui te fait le plus peur quand tu commences une nouvelle chorégraphie ?
Béatrice : Pas apprendre au même rythme que les autres. Des fois, ça fait huit fois que les autres l’ont, puis moi je l’ai pas encore retenue. Ça me stresse. Je suis comme : « j’ai perdu ma touch ».
Mais après, ça revient… je demande de le refaire, puis je m’adapte.
Stéphane : À quoi tu penses quand tu danses pour aller chercher les émotions ?
Béatrice : Je pense pas à quelque chose précis… je ressens la musique.
Dans la production cette année… à la fin, il y a un bout plus triste… je le sens vraiment.
La façon qu’il chante… la musique… ça me rend triste.
Je pense que j’ai beaucoup d’empathie aussi. Si la toune est triste, je vais me sentir triste. Si elle est énergique, je vais avoir du fun. Puis être avec mes amies, ça aide aussi.
Stéphane : Donc tu réagis beaucoup à la musique et au groupe.
Béatrice : Oui… puis au public aussi. Quand le public réagit, ça donne un boost.
Mais quand le monde te regarde sans réaction… c’est tellement plus difficile.
En compétition, quand ça crie, ça aide vraiment.
Stéphane : Sur scène, tu te sens comment ?
Béatrice : J’ai une grosse montée d’adrénaline. Je ne suis même plus stressée… j’ai tellement fait de scène au fil des ans. C’est plus de l’excitation.
Puis moi, je me sens bien sous pression. Même à l’école… je fais mes affaires à la dernière minute, mais je réussis très bien.
Je sais que je pourrai pas faire ça toute ma vie, mais… pour le moment ça me convient parfaitement.
Mais sur scène, je me sens bien. C’est comme une deuxième maison.
Stéphane : (riant) Oui, je te comprends très bien! Préfères-tu les spectacles ou les compétitions ?
Béatrice : Si tu me donnes le choix, j’y vais avec les compétitions.
Ce que j’aime, c’est que tu peux voir d’autres écoles… te mesurer à eux, tu as quelque chose à te prouver, voir si t’es dans le top 3… ta note…c’est ça qui est stimulant. C’est comme ça que je vois les compétitions, il y a plus d’adrénaline… et je carbure à ça!
Bon, oui, en spectacle, il y en a aussi, mais vu que tout le monde se connaît…il y a moins la pression.
Stéphane : Tu te souviens d’un moment marquant en compétition ?
Béatrice : Oui… quand une autre école a dansé juste avant nous et a reçu un HIT OF THE DAY.
Au début, j’étais comme : « ben non… » Mais après, j’ai repris mes esprits… je me disais : « je vais me battre ».
J’y suis allée à fond, j’ai donné encore plus, puis sur les photos, j’avais l’air vraiment intense.
Mais après, j’ai pleuré. Pas parce que j’étais déçue… c’était juste le stress qui sortait.
Maintenant, quand on s’en reparle… on en rit.
Stéphane : Est-ce qu’il y a des personnes qui t’inspirent particulièrement ?
Béatrice : Ah… ma sœur. C’est elle qui m’a initiée à tout. Quand j’étais petite, je voulais faire tout ce qu’elle faisait. Sans elle, vraiment, j’en serais pas là aujourd’hui.

Puis plus tard…
il y a eu des émissions comme Next Step ou Dance Moms… ça m’a donné envie de performer.
Stéphane : À l’école de danse, quelqu’un en particulier ?
Béatrice : (avec grands yeux qui brillent) Blanche Lavertu. Depuis que je suis petite. Elle gagnait toujours les concours… c’était un modèle.
Ses solos sont incroyables. Les mouvements, l’interprétation, la justesse, tout est original.
Stéphane : As-tu un rituel avant de monter sur scène ?
Béatrice : J’ai pas vraiment un rituel précis… avec les filles, on se tape dans les mains, on saute pour se réchauffer… on se dit « merde ».
Mais sinon, comme je suis pas mal dernière minute, j’essaie de me faire une liste dans ma tête de ce que je dois pas oublier.
Je pense que notre vrai rituel, c’est qu’on arrête toujours manger au resto avant ou après la compétition.
Stéphane : C’est plus festif comme démarche! Qu’est-ce que l’école de Brigitte t’a apporté ?
Béatrice : Je m’affirme plus. Je suis capable de dire ce que je pense. Dire si j’aime ou j’aime pas quelque chose.
Puis ça va m’aider dans la vie… surtout que je veux aller en admin, un milieu plus masculin.
Faut prendre sa place.
Stéphane : À part la danse, qu’est-ce que tu fais comme loisirs ?
Béatrice : Je fais du flag football avec mes amis. Il y a une équipe civile à Saint-Jean.
On fait ça l’été et à l’automne. On n’est pas les meilleures, mais on s’amuse.
On rit tout le temps sur le terrain… même les arbitres nous trouvent drôles.
Stéphane : Qu’est-ce qui t’attire dans le flag ?
Béatrice : Au début, pas grand-chose. C’est plus un sport de gars, mettons. Mais mes amies m’ont dit de m’inscrire… je me suis dit : « je vais essayer ». Puis finalement, j’ai aimé ça. Je suis bonne pour courir… en défense aussi. C’est le fun.
Stéphane :Tu faisais d’autres sports ?
Béatrice : Oui, du soccer et de la balle molle quand j’étais jeune… mais j’ai arrêté.
Je fais du ski alpin, du golf avec mon père, parfois.
Mais maintenant, c’est surtout danse et flag.
Stéphane :Au niveau social, à 18 ans, tu sors un peu ?
Béatrice : Oui, mais pas trop. Il faut que je trouve mon équilibre.
Je sors avec mes amis, on fait des activités…on va au Mont-Saint-Grégoire, au mini-putt… on magasine!
Je garde un bon équilibre entre école, danse et vie sociale. Je travaille aussi.
Stéphane : Qu’est-ce qui pourrait me surprendre sur toi ?
Béatrice : Que je voyage beaucoup… puis que j’ai pas peur de grand chose.
Stéphane : Quel genre de voyages ?
Béatrice : Par exemple cet été, je pars à Paris avec mes amis.
Après, mes parents vont nous rejoindre, puis on va en Alsace…peut-être en Suisse.
Sinon j’ai fait Portugal, Espagne, Italie, États-Unis et, avec l’école, au Guatemala.
Je voyage beaucoup en Europe. J’aime ça découvrir. Même si je me trompe dans le métro… je trouve ça drôle.
Stéphane : C’est pas tout le monde qui est à l’aise avec ça, même chez des adultes plus expérimentés.
Béatrice : Le monde me dit que je suis courageuse… mais moi j’aime ça.
Stéphane : Changeons de sujet. Quel est ton plat préféré ?
Béatrice : Sans aucune hésitation, les sushis, c’est sûr.
Stéphane : Aucune surprise ici. Tu travailles encore au restaurant de sushis ?
Béatrice : Oui. Je travaille surtout les vendredis et samedis soirs.
Stéphane : Tu cuisines aussi ?
Béatrice : Oui, mais plus les desserts.
Le monde me connaît pour mes biscuits… mes brioches à la cannelle… même mon grand-père, qui avait une pâtisserie, dit qu’elles sont vraiment bonnes.
Mes macarons font fureur aussi. J’en apporte souvent en cadeau.
Stéphane : Dans le futur, tu te vois où ?
Béatrice : Comme je le mentionnais, d’abord les études aux HEC… puis travailler dans une grosse entreprise en espérant pouvoir voyager avec le travail. Aller dans des conférences… à l’étranger, etc.
Stéphane : Une entreprise en particulier ?
Béatrice : Peut-être L’Oréal… Air Canada, ou Air Transat, toutes des compagnies qui permettent de voyager.
Stéphane : As-tu une anecdote marquante pour clore cette rencontre ?
Béatrice : Oui… en voyage, on s’est déjà fait suivre.
Quelqu’un voulait voler ma grand-mère. On l’a remarqué… puis plus loin, il sortait plein de téléphones de ses poches.
Ma sœur s’est fait voler à Rome, aussi.
Mon père avait couru après les gars…on s’était tous perdus.
Bref, moi, ça m’avait vraiment marquée.
Stéphane : Un moment plus joyeux, un coup de cœur de voyage ?
Béatrice : Venise. C’était vraiment mon coup de cœur.
Mais la France aussi… et le Portugal.
Y a pas à dire, en Europe, tout est beau.
Stéphane : Quand tu retourneras à Paris cet été, tu veux revoir quoi ?
Béatrice : Un peu tout. J’étais jeune quand j’y suis allée… je veux tout redécouvrir.
Stéphane : Dernière question…
Béatrice : (rires) es-tu certain?
Stéphane : Non, mais sérieusement… merci beaucoup, j’ai passé un très bon moment avec toi… C’était divertissant, rafraîchissant… et surtout très authentique.
Béatrice : Merci à toi Stéphane, ça a été le fun !
Chaque rencontre révèle une manière unique d’habiter son art.
