Kristina T

Troupe B-Ladies

Kristina, 18 ans
Étudiante en Sciences de la Nature  
Cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu 

Certaines personnes s’imposent sans bruit. Elles n’ont pas besoin d’élever la voix pour affirmer leur présence. Kristina Turmel fait partie de celles-là. 

Réservée au premier abord, elle révèle rapidement une profondeur, une lucidité et une détermination qui dépassent largement celle des gens de son âge. Derrière sa discrétion se cache une jeune femme animée par un désir sincère de progresser, de comprendre et de se dépasser. 

La danse, qu’elle pratique depuis plus de douze ans, est devenue bien plus qu’un simple loisir : c’est un espace où elle se retrouve, où elle se transforme, où elle apprend à habiter pleinement qui elle est.

© Stéphane Verdier, 2025 – Kristina
 SV: Bonjour Kristina ! Merci d’avoir accepté mon invitation, c’est un réel plaisir. On se connait depuis quelques années déjà, mais j’ai l’impression que je vais en apprendre beaucoup sur toi. J’ai hâte de commencer et de faire découvrir qui tu es aux lecteurs !

Kristina: Allô, ça me fait plaisir d’être ici.

Se décrire, se contruire

SV : Si tu avais à te décrire comme personne, qu’est-ce que tu dirais? 

Kristina: Je dirais que je suis quelqu’un d’assez gênée, surtout avec des gens que je ne connais pas beaucoup ou avec qui je ne suis pas encore à l’aise. Mais avec les personnes que j’aime, avec qui j’ai passé du temps, je deviens plus ouverte. Je parle davantage, je me sens plus libre d’exprimer ce que je ressens. On dirait presque que je deviens une autre personne.

Je suis aussi quelqu’un qui aime performer et qui n’abandonne pas facilement. Même dans les périodes plus difficiles, à l’école ou ailleurs, je continue. Mon objectif, c’est de mettre tous les efforts nécessaires pour atteindre ce que je veux.

Malgré les obstacles, je ne m’arrête pas. Et si j’ai besoin d’aide, je vais la demander. Réussir est important pour moi, être fière de ce que j’accomplis aussi, mais tout en restant heureuse. J’essaie de garder un équilibre et de ne pas me mettre trop de pression.

J’ai aussi besoin d’être active. Rester inactive trop longtemps, ce n’est pas pour moi. Voir mes proches, sortir, marcher, aller au centre-ville, faire des activités… être en mouvement fait vraiment partie de qui je suis.
SV : Qu’est-ce qui te motive au quotidien ?

Kristina : D’abord, moi-même. Me sentir bien, avancer. Et aussi mes proches : leur soutien me motive énormément.
Quand je vois que je progresse, que mes journées sont positives, ça me donne envie de continuer.

SV : Une chose que j’ai remarquée, c’est que tu es quelqu’un de très à l’écoute.

Kristina : Oui. J’aime écouter les autres. Je ne ressens pas toujours le besoin de parler. Être présente, écouter sincèrement, ça peut faire une grande différence pour quelqu’un, et c’est important pour moi.

Je retiens beaucoup les petits détails. C’est ma manière de démontrer mon attachement et mon respect.

Timidité, perception et affirmation

SV :  Je t’écoute et je me demande, comment penses-tu que les gens te perçoivent ?

Kristina : Bonne question ! Les gens qui me connaissent bien me voient comme quelqu’un de souriante, présente, à l’écoute et déterminée.

Ceux qui me connaissent moins me perçoivent sans doute comme plus réservée. Mais ce n’est pas un manque de confiance. Et quand j’ai quelque chose à dire, je l’exprime — toujours avec respect, mais avec conviction.
Diagnostique et résilence

SV : Avant de parler danse, j’aimerais aborder un sujet plus personnel. Sens-toi à l’aise de répondre ou non. Récemment, tu as reçu un diagnostic de diabète de type 1. Comment as-tu vécu cette annonce ?

Kristina : Ça a été tout  un choc. Ça a complètement changé mon quotidien. Ça m’a demandé de m’adapter, j’ai dû réapprendre à vivre avec ça! Heureusement,  j’ai été très bien accompagnée par les professionnels de la santé de l’Hôpital Sainte-Justine et par mes proches.

SV : Est-ce que ça a changé ta relation avec la danse ?

Kristina : Non. La danse est restée importante pour moi. Je dois simplement être plus attentive et surveiller ma glycémie.

SV : Qu’est-ce que tu dirais à quelqu’un qui reçoit le même diagnostic ?

Kristina : De ne pas abandonner. C’est difficile, mais c’est possible de continuer à faire ce qu’on aime. Ça devient une partie de toi, mais ça ne te définit pas entièrement.
Parcours en danse

SV : Depuis combien de temps danses-tu ?

Kristina : Environ 12 ou 13 ans, dont au moins 9 ans dans la troupe. J’ai commencé très jeune et je ne me suis jamais arrêtée.

C’est un endroit où je me sens vraiment bien. Une forme de liberté. Je peux être moi-même à l’ÉDBL.

SV : À l’école vous faites plusieurs styles de danses et tu réussis bien dans tout. Qu’est-ce que tu préfères comme style ?

Kristina : (hésitation) Honnêtement… j’aime tous les styles. Mais si je devais choisir… (longue hésitation) peut-être contemporain… ou hip-hop. Non, c’est vraiment difficile de trancher !

SV : Tu préfères les spectacles ou les compétitions ?

Kristina : Je pense que je préfère les spectacles. Ils permettent de montrer tout le travail, les efforts de chacun. L’ambiance est différente, sans esprit de compétition. On est là pour partager quelque chose, offrir de beaux moments. C’est très rassembleur.

J’aime aussi les compétitions : ça pousse à se dépasser. Mais parfois, ça se passe moins bien et on n’a aucun contrôle. Certaines équipes sont super gentilles, d’autres très compétitives… l’ambiance peut devenir plus lourde.

SV : As-tu des rituels avant de monter sur scène ?

Kristina :Oui. Avec Maëlie, on se dit toujours :“T’es belle, t’es bonne, t’es capable.”

On fait ça depuis très longtemps. Sinon, je n’ai pas vraiment de superstition.
© Stéphane Verdier – Maëlie et Kristina, circa 2016
SV : Est-ce qu’il y a des personnes qui t’inspirent ?

Kristina : Mes parents, d’abord. Tout ce qu’ils ont fait pour moi, leur soutien, leur façon de me pousser à atteindre mes objectifs.

À l’école de danse aussi, plusieurs personnes m’inspirent. Chacun apporte sa touche personnelle. Je pense à Emmy, qui se démarque beaucoup. À Maëlie aussi : très forte, très déterminée. On a grandi ensemble dans la troupe. Elle m’inspire énormément — et son entrée dans la troupe acro a été toute une surprise… pour elle aussi parce que sa mère l’a inscrite par erreur, mais elle a décidé de rester!

SV : Que retiendras-tu de l’EDBL, artistiquement et humainement ?

Kristina : Ce que j’apprécie, c’est qu’on ne met pas de pression négative. On nous pousse, on nous corrige, mais toujours de façon constructive.

Je ne suis jamais sortie d’un cours en me sentant mal ou démotivée. Même dans les moments plus difficiles, je n’ai jamais eu envie d’arrêter.

La pandémie a été un défi, mais je ne me suis pas laissée abattre. J’ai recommencé… et je ne regrette pas.

Sur scène… transformation et présence

SV : Comment te sens-tu sur scène ?

Kristina : Sur scène, je deviens quelqu’un d’autre. Je suis complètement présente. Je donne tout ce que je peux.

C’est comme une transformation, une version plus libre de moi, plus expressive.

La danse m’aide énormément mentalement. Dans les périodes plus stressantes, surtout avec l’école, ça me permet de décrocher complètement.

C’est un moment pour respirer, me reconnecter, simplement être. C’est difficile à décrire, mais c’est extrêmement fort.
© Stéphane Verdier, 2024 – Kristina
Ojectifs et dernière année

SV : Quels sont tes objectifs cette année ?

Kristina : Honnêtement, mon objectif principal, c’est de profiter au maximum de cette dernière année.

SV : Vraiment ta dernière année?

Kristina : Possiblement, oui. Avec l’université, les priorités vont changer.
Je veux savourer chaque moment, performer, me dépasser, mais aussi vivre pleinement l’expérience avec ma troupe.

La danse a pris une place énorme dans ma vie. Je veux terminer ce chapitre en étant fière.
Et j’aimerais continuer à l’université, intégrer une troupe, poursuivre autrement. Je ne veux pas que ça disparaisse complètement de ma vie.

Loisirs, cuisine et équilibre personnel

SV : Fais-tu autre chose que la danse ?

Kristina : Oui, je m’entraîne beaucoup. Je vais régulièrement au gym.
Je fais aussi du vélo de route — environ 60 km chaque fois — et j’aimerais atteindre 100 km.

Être dans la nature me fait du bien. Ça me permet de me déconnecter du stress, des réseaux sociaux, du rythme rapide. Marcher, écouter de la musique, passer du temps avec mes proches… cet équilibre est essentiel pour moi.

J’aime aussi cuisiner. Ça me détend énormément. Préparer des repas complets, comme des dumplings maison. Mais mon plat préféré reste les sushis : leur fraîcheur, leur simplicité, la précision qu’ils demandent. Cuisiner, c’est aussi une façon de prendre soin de moi et des autres.

SV : Et y a un plat que tu refuses ?

Kristina : Le boudin. L’idée du sang… non.

Études et avenir

Je suis actuellement en sciences de la nature au cégep. Je souhaite poursuivre en ergothérapie à l’université.

C’est un domaine qui me correspond profondément, qui me permettra d’aider les autres et de rester connectée à l’humain.

SV : Kristina, merci beaucoup pour ta générosité et ton authenticité.

Kristina : Merci à toi. Et merci de nous donner l’occasion de parler de notre parcours, de notre vie, de la danse.


Chaque rencontre révèle une manière unique d’habiter son art.